BIOGRAPHIE
Les sensations orientales de Maya Shane
Savait-elle Maya Shane que son destin était inscrit dans ses
cordes vocales ? D’un environnement embelli par les chants
d’Oum Kalsoum, Faïrouz, Dalida, Ahmed Hamza, Abdel Halim
Hafez, Farid El Atrache, Amr Diab, Warda, Saber Roubaï ou Enrico
Macias, elle a hérité de ce souffle continu qui rend si difficile
la pratique du chant oriental. Née à Meudon, avec déjà du soleil
dans la voix, au sein d’une famille issue de Tunisie, elle ne
connaît du pays de ses parents qu’un morceau de paysage, avec
vue sur la mer, aperçu lors de quelques escapades estivales. La vie
familiale, et une petite enfance passée à Belleville, où rôde
encore et toujours l’âme de Piaf, est rythmée par le piano de
sa grand-mère, qui lui transmet son goût pour les mélodies
orientales ou occidentales. A la maison, Maya faisait déjà son show
sous l’œil admiratif de ses parents qui, toutefois,
s’opposeront aux souhaits de leur fille quand elle manifeste
le désir d’une carrière artistique.
Adolescente, Maya, forte de sa culture franco-maghrébo-universelle,
décroche une audition chez Flèche, dirigée par une de ses idoles,
Claude François. Celui-ci, séduit et conquis par sa voix, proposa
de la signer, mais les parents de Maya refusent fermement. Déçue,
Maya poursuit, néanmoins, ses études puis part vivre un certain
temps aux Etats-Unis, où elle se produit dans des soirées privées
et des lieux communautaires.
A son retour, l’envie de poursuivre la musique est toujours
aussi tenace, tout en s’intéressant de près aux problèmes de
société et aux laissés-pour-compte (elle milite au sein de
l’association Femmes et Handicap). Elle fait la connaissance
du directeur d’une agence de presse, ami de Claude François
Jr, qui lui suggère le pseudonyme d’Indiana et
d’interpréter une adaptation, en arabe, de Comme
d’habitude. Elle y voit un signe du destin et elle décide de
le célébrer à travers cet hommage à son pygmalion. On lui présente
Youssef Hadjadj (aka José de Souza), un musicien et compositeur
renommé qui avait écrit de magnifiques chansons pour Blond-Blond,
Line Monty, Warda ou Lili Boniche, et celui-ci traduit, en arabe,
le texte (Maya ne maîtrisant pas assez bien la langue arabe).
Gérard Blanc (ex-Martin Circus) en signe les arrangements.
Mais le projet capote en raison des maisons de disques qui, à
l’époque, n’étaient pas prêtes mentalement à investir
dans la musique orientale. L’idée sera exploitée plus tard,
en 1998, par les trois ténors du raï, Rachid Taha, Khaled et
Faudel, lors du spectacle « 1, 2, 3…Soleils ». Cependant,
Maya s’accroche à ses rêves et entend désormais emprunter la
voie du mieux-disant oriental, en faisant fi de toutes les
barrières. Le hasard ou le mektoub feront bien les choses, car elle
croise sur sa route Hocine Lasnami, chanteur très connu en Algérie,
également compositeur pour de grands artistes orientaux et
occidentaux, puis Ranou Torki, un arrangeur très en vue, puis le
talentueux Jean-Claude Ghrenassia, digne fils d’Enrico
Macias, qui ouvrira à Maya les portes d’un duo (Un rayon de
soleil) avec son père, puis le génial violoniste Mohamed Mokhtari,
ensuite Ronny Gold, arrangeur du premier album d’Alabina, et
Jean Claudric, connu pour ses arrangements pour Aznavour, Dalida,
un rêve matérialisé pour Maya. D’autres excellentes
pointures, comme Tewfik Bestandji, un maître du malouf
constantinois rejoindront, ainsi qu’entre autres P.Roffé,
P.Coppo, A.Oussekine et M.Zerbib, le cortège, qui accompagnera,
dans l’allégresse et le désir de donner le meilleur
d’eux-mêmes, l’enregistrement du premier album de Maya
Shane.
Dans cet opus, elle joue délibérément la carte de la diversité, sur
le plan mélodique comme au niveau de la thématique (paix, amours
contrariées, enfance), et chante autant en arabe qu’en
français pour souligner sa double appartenance. Maya, qui est
également l’auteur de quelques titres, a tenu d’abord à
évoquer le souvenir d’airs qui l’ont marquée. Ce qui
explique les « covers » de l’Hymne à l’amour
d’Edith Piaf, qui, rappelons-le avait une grand-mère berbère,
traité ici sur le mode oriental, tout comme Ya Zalem (adapté de La
Gitane de – et avec sa bénédiction – Félix Gray), et
surtout le Ya Oumi de José de Souza.
Dans les autres chants, tels que Racines, Les filles d’Orient
Inchallah Shalom, J’existe (et sa belle touche chaâbi
algérois), Nar Nar, H’bibi mon homme ou le guilleret et
volontairement léger De Casa à Djerba, ou au gré de quelques
ballades (Kheïfa, J’ai aimé, j’ai perdu à
l’inspiration bollywoodienne), elle illustre parfaitement un
registre fait de longs cris d’amour, où la sensation érotique
s’énonce lancinante et où, en le cœur, brûle un feu qui
semble ne jamais s’éteindre. Le sentiment se nomme désir, la
tendresse devient souffrance et le charme frise l’effet de
sorcellerie. C’est à la limite du féminisme à peine contenu
et d’une féminité rageuse. La voix, symbole de pureté et
d’éloquence, avec des pointes de fulgurance dans
l’inflexion, trace des arabesques imaginaires et prend le
temps de soupirer. C’est qu’une telle voix ne vous
passe pas par les oreilles, elle vous traverse le corps, vous coupe
le souffle et vous va droit au cerveau pour réveiller en vous,
d’où que vous soyez - de Casa, de Djerba, de Provence, du
Nord ou d’un pays slave - les échos enfouis dans votre
enfance.
Parfois, l’expérience et la maturité aidant, sans oublier
l’appui des exceptionnels musiciens qui l’épaulent,
elle prend, certes, quelques libertés avec ses sources. Mais
c’est pour mieux apporter sa touche à un patrimoine
qu’elle ranime en même temps qu’elle l’ouvre au
monde. Sa musique, imprégnée par tant de sensualité, a une âme en
rapport avec la belle époque franco-égypto-maghrébine, dans
laquelle elle se coule gracieusement et le plus naturellement du
monde. Entre émotion et décontraction.













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